L’édito du mois

LE TRANSPORT À BAS PRIX A UN COÛT ÉLEVÉ

Ces derniers mois, le secteur du transport a dû faire face à une nouvelle série d’augmentations considérables des coûts. La hausse des prix du diesel est certes la plus visible, mais elle est loin d’être le seul défi à relever. Le 1er juillet dernier, la Flandre a augmenté les tarifs de la taxe kilométrique de pas moins de 40 %. Une forte hausse fiscale présentée comme une mesure environnementale. La Wallonie a pour l’instant limité l’augmentation et Bruxelles s’est contentée d’une indexation classique, mais, là aussi, les coûts continuent d’augmenter. Et comme si cela ne suffisait pas, les Pays-Bas ont mis en place une taxe sur les poids lourds qui s’avère bien plus coûteuse que l’ancienne Eurovignette.

À cette hausse des coûts s’oppose un ralentissement économique. Une baisse de l’activité économique entraîne inévitablement une diminution du transport. Ce n’est pas une surprise, mais une réalité récurrente. Et comme c’est souvent le cas, les chargeurs tentent, dans un tel contexte, de faire baisser les prix du transport. Plus inquiétant encore, certains transporteurs se plient à cette pression. Par crainte de perdre des clients, ils se contentent de tarifs qui couvrent à peine, voire pas du tout, leurs coûts.

Il s’agit là d’une stratégie à court terme qui, au bout du compte, ne fait que des perdants. Ceux qui pratiquent aujourd’hui des prix cassés ne font pas que nuire à leur propre entreprise. Ils mettent également tout le marché du transport sous pression. Dans un secteur où les marges bénéficiaires sont infimes, même en période de conjoncture favorable, jouer les casseurs de prix n’est pas une stratégie commerciale, mais une atteinte à la rentabilité. Chaque trajet qui ne rapporte pas suffisamment rend les investissements plus difficiles et affaiblit la capacité financière de l’entreprise. De plus, cela pousse les concurrents à suivre la même spirale des prix à la baisse.

Le secteur du transport est à l’aube de changements radicaux. La numérisation, la cybersécurité, la transition énergétique et le durcissement des réglementations exigeront des investissements considérables dans les années à venir. Les entreprises qui sacrifient leurs marges aujourd’hui risquent de ne plus disposer demain des moyens nécessaires pour financer ces évolutions indispensables.

C’est pourquoi il est temps de tracer une ligne claire. Toutes les missions ne sont pas forcément de bonnes missions. Fidéliser un client ne doit jamais primer sur un modèle économique sain. Oser dire « non » à des tarifs irréalistes ou indûment bas n’est pas un signe de faiblesse, mais d’esprit d’entreprise. Des tarifs sains ne sont pas un luxe, mais une condition sine qua non à un secteur du transport durable et tourné vers l’avenir.

Philippe DEGRAEF

Directeur Febetra

febetra
Fédération Royale Belge des transporteurs et des prestataires de services logistiques
Fédération Royale Belge des transporteurs et des prestataires de services logistiques